Végétalisation éphémère de la Presqu’ile : un projet purement électoraliste

Monsieur le Maire, 

Vous nous demandez, aujourd’hui, d’adopter un projet d’installation de végétalisation, de manière partielle et expérimentale, pour une durée de 18 mois, des rues Édouard Herriot, Chenavard, de Brest et Gasparin en créant des massifs plantés en bacs.  Votre objectif : convertir 12 % de l’emprise minérale en surfaces végétales.

Monsieur le Maire, les élus de notre groupe se réjouissent de cette conversion au vert ! Il était plus que temps après avoir massivement minéralisé l’hyper centre, de Terreaux à Carnot, pendant 15 ans.  Votre bilan est implacable : 

  • vous avez fait supprimer 80% des bacs à fleurs de la Presqu’île en 5 ans 
  • les massifs floraux ont tous été déclassifiés pour coûter moins cher
  • vos choix de réaménagements urbains ont été, tous, ultra-minéraux notamment Place des Terreaux, Place Louis Pradel, Place de la Comédie, Place des Jacobins, rue de la République, et bien sûr rue Victor Hugo. Sans parler de la suppression de 30% du projet de végétalisation des Rives des Saône.

Alors, c’est sans doute le score des écologistes aux Européennes qui a suscité cet élan de greenwashing purement électoraliste ! Depuis des années, Monsieur le Maire, nous vous demandons des plantations d’arbres, lorsque c’est possible, et si ce n’est pas le cas, comme sur la rue Victor Hugo, l’installation de bacs végétalisés. Vous nous avez toujours répondu, la même chose, que c’était trop cher et trop compliqué à mettre en place. Mais subitement aujourd’hui, à 9 mois des élections, cela devient possible ? Personne n’est dupe, monsieur le Maire. 

Dans le même temps, de son côté, la Métropole de Lyon souhaite lancer une expérimentation de piétonisation de la Presqu’île, un samedi par mois, des Terreaux à Bellecour. Alors que la piétonisation et la végétalisation sont naturellement et étroitement liées, il n’y a pas eu, avant ces annonces, l’ombre d’un début de réflexion commune entre la Ville et la Métropole. Pire, le lancement de ces deux expérimentations s’est fait sans que l’autre collectivité ne soit informée au préalable. Comment la Ville peut-elle annoncer des mesures hors de son champ de compétence sans même en parler à la Métropole ? Ce n’est malheureusement que le énième épisode d’une guerre d’égo et de personnes qui est en train de se transformer en une guerre entre la collectivité Métropole et la collectivité Ville de Lyon. Dans un cas comme dans l’autre, nous sommes en flagrant délit de surenchère électorale. Tous cela va à l’encontre de l’intérêt des Lyonnais et de l’intérêt de la Ville.  

D’autant plus que la Presqu’ile et ses habitants ont bien assez de problèmes pour en créer de nouveau purement artificiels.  En effet, depuis 18 mois, la qualité de vie s’y est considérablement dégradée : pollution de l’air, pollution sonore, sécurité, propreté… Les habitants, les commerçants et même les visiteurs subissent ces nuisances devenues quotidiennes. La Presqu’ile est parfois le théâtre de scènes surréalistes. Depuis plusieurs mois, le collectif « Presqu’ile en Colère » se fait l’écho de ce mal qui ronge petit à petit la qualité de vie des habitants. L’opération « draps blancs aux fenêtres » et la mobilisation des quelques 2 000 membres de leur groupe Facebook démontrent chaque jour que ce n’est pas un épiphénomène. Des solutions ont été expérimentées en multipliant les contrôle de police, le vendredi et samedi soir, puis en fermant de 23h à 4h l’accès à la rue Édouard Herriot. Nous aurons d’ailleurs l’occasion d’évaluer ces dispositifs avec les membres de Presqu’ile en Colère et les services de police nationale et municipale la semaine prochaine en mairie du 2e.  Mais nous savons déjà que tous ces efforts n’ont malheureusement fait que déplacer le problème dans le temps et dans l’espace. 

J’ai par ailleurs proposé l’installation d’un radar de feu à l’angle de Édouard Herriot et Grenette. Il a été refusé par la sécurité nationale au motif que la zone n’était pas assez accidentogène. Faut-il attendre un accident grave pour agir enfin ? J’ai aussi demandé, il y a plus de trois mois, l’expérimentation de la vidéo-verbalisation sur la rue Édouard Herriot. Où en sommes-nous aujourd’hui ? 

Pour revenir à la végétalisation, oui c’est en effet, un élément primordial de la qualité de vie en ville. Et nous sommes très favorables à ce que notre cœur de Métropole puisse être une terre d’expérimentation pour trouver des solutions notamment en ce qui concerne le manque de verdure évident. Mais Monsieur le Maire, aujourd’hui, votre projet de végétalisation éphémère de la Presqu’ile, qui transpire l’impréparation et la précipitation, pose des problèmes pratique, biologique, économique et démocratique. 

Tout d’abord, d’un point de vue pratique. Où allez-vous mettre ces bacs à fleurs ? Vous vouliez initialement les mettre sur la voie de bus, mettant ainsi à mal la politique de transport en commun en cœur de la Presqu’ile. Depuis la levée de bouclier contre ce projet, vous avez rétropédalé et fait disparaitre de la délibération les mots « emprise du couloir bus ». Cependant, si vous ne les mettez plus sur les voies de bus où allez-vous les mettre ses bacs électoraux?

Ensuite, d’un point de vue biologique. Installer des bacs à fleurs, sur la voirie, en plein mois d’août avec les fortes chaleurs estivales, est absolument aberrant. Qu’espérez-vous voir pousser en plantant en août ? Des cactus peut-être ?

D’un point de vue économique. Installer des bacs à fleurs, pour 18 mois d’expérimentation pour un montant de600 000 € d’investissement est tout simplement une hérésie financière. Monsieur l’Adjoint aux Finances, comment avez-vous pu autoriser cette opération ? On vous a connu bien plus pugnace par le passé lorsqu’il s’est agi de demander des efforts aux adjoints et aux agents de la ville. A ces 600 000 €, il faut ajouter les frais de maintenance, d’entretien et d’arrosage qui vont coûter, selon une première estimation de vos services, aux alentours de 200 000 €. Et c’est sans compter, les frais de la concertation avec cette lettre boitée en Presqu’ile. Plus de 800 000 € d’argent public, c’est donc ce que va coûter votre expérimentation. A l’heure où vous cherchez des marges de manœuvres dans tous les services, c’est déraisonnable voire indécent. A ce prix-là, plusieurs centaines d’arbres pourraient être plantés ? Il y a encore des possibilités en presqu’île et nous préférons de loin cette option quand elle est possible. 

Enfin, d’un point de vue démocratique. La consultation que vous avez lancée est une fois de plus en trompe l’œil. Nous le savons tous ici, les marchés de commandes des fleurs et des bacs, ont déjà été lancés et les lieux de dépôt quasiment choisis. Malheureusement, c’est votre gouvernance autocratique qui ressort une nouvelle fois. Vos réunions de concertations ne sont que des réunions de présentation. Les résidents et les commerçants n’ont pas eu leur mot à dire ou à la marge. La Presqu’ile mérite tout de même mieux que cela !  Un vrai plan nature ne pourra sortir de terre qu’avec une réelle concertation voire une co-construction avec les acteurs locaux et la Métropole de Lyon. La végétalisation et la piétonisation sont deux sujets majeurs qui doivent être pensées dans une vision globale du fonctionnement incluant tous les modes de circulation et tous les usages.   

Monsieur le Maire, vous n’avez eu de cesse, depuis tant d’année, de minéraliser l’intégralité de la Presqu’ile. Vous vous rendez compte aujourd’hui qu’il faut la végétaliser. Nous vous le disons depuis maintenant des années de notre retour d’expérience du terrain. Mais vous n’écoutez pas. Votre projet de végétalisation de la Presqu’ile n’est pas économiquement, écologiquement et démocratiquement viable. Ce n’est malheureusement qu’un projet électoraliste qui n’a comme unique objectif que d’être rapidement visible dans les rues à 9 mois des élections. Les élus « les Indépendants » voteront CONTRE votre projet de végétalisation. 

Depuis des années, nous vous demandons de planter des arbres, partout où cela est possible. A la Mairie du 2e, nous l’avons fait rue Franklin et nous étudions la rue Émile Zola et d’autres sites. C’est la solution la plus pérenne et la plus durable. Depuis des années, nous vous demandons de végétaliser les murs aveugles de nos rues afin de remettre de la verdure et d’apporter un peu de fraicheur en centre-ville. Depuis des années, nous nous étonnons de voir pousser la Confluence et les nouveaux immeubles de notre ville sans plus de toits végétalisés. Depuis des années enfin, nous vous demandons de développer la végétalisation de proximité notamment en soutenant les initiatives de jardins partagés et le micro-fleurissement. 

Mieux faire respirer la presqu’île passe par la conjugaison de toutes ces solutions, petites et grandes. Saisir la moindre opportunité d’implantation végétale permettra à terme de donner une vraie bouffée d’oxygène qui permettra de mieux faire battre le cœur de notre agglomération. 

Je vous remercie

Denis Broliquier

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