L’UDI reste mobilisée car tout doit être fait pour sauver le Musée des Tissus et des Arts décoratifs

Conseil municipal, lundi 6 juin 2016

Intervention de Denis Broliquier

 

Nous nous félicitons, Monsieur le Maire, de l’attribution de cette subvention de 125 000 € à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Lyon. Cet effort, conjugué à celui de la Métropole, de la Région et de l’Etat,  permet en effet de prolonger le fonctionnement du musée à minima jusqu’au 31 décembre 2016.
Mais ce n’est qu’un sursis pour cet équipement toujours menacé de fermeture définitive.

Il ne faut pas que ces subventions soient prétextes à penser, ou à faire croire…, que les choses sont réglées… La mobilisation doit se poursuivre, et tout de suite.

Car tout reste à faire pour assurer la pérennité et le développement de cet outil de rayonnement international unique en France. Monsieur Thierry Leroy, Conseiller d’Etat, vient d’être nommé médiateur pour tenter de définir le nouveau mode de gouvernance. Lors de l’entretien que j’ai eu avec lui, nous nous sommes notamment accordés sur l’urgence de la situation. Car le musée, ce sont des collections bien sûr, des bâtiments, mais aussi des personnels qui depuis des mois, voire des années, se battent pour faire vivre ces Musées avec des moyens de plus en plus contraints.

La problématique est complexe et délicate, nous en avons pleinement conscience. Le rapport de l’Inspection générale des affaires culturelles préconise la création d’une personne morale distincte de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Lyon pour gérer les musées. Cette personne morale pourrait s’appuyer sur divers partenaires publics et privés, ainsi que sur un conseil scientifique.

Mais cette solution partenariale ne prendra forme que si, et seulement si, l’Etat se pose en porteur de projet. C’est en effet l’argument majeur qui déclenchera l’implication forte des collectivités territoriales concernées, ainsi que des partenaires privés naturels que sont notamment les industriels du textile et tout autre mécènes privés.

C’est donc à l’Etat de trouver la solution. Vous voyez, Monsieur le Maire, nous comprenons et partageons votre réticence à reprendre la gouvernance du Musée qui dépasse largement les compétences et les frontières de nos collectivités. Cette gouvernance est effet avant tout du ressort de l’Etat.

C’est pour cette raison que, suite à une réflexion menée avec différents acteurs de ce dossier, je me suis adressé au Ministre de la Culture, Madame Pellerin, puis Madame Azoulay. Courriers dont vous étiez en copie, tout comme celui envoyé à votre tout nouvel ami Monsieur Macron, Ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique. L’idée était en effet de le sensibiliser aux dimensions non plus culturelles mais industrielles, économiques et même artisanales de notre musée qui ressortissent de ses compétences. Une sensibilisation qui semble l’avoir touché puisque sans que nous le lui demandions, il a fait désigner un interlocuteur pour me recevoir. Rendez-vous a donc été pris pour le 10 mai dernier.

Si ce rendez-vous n’avait pas été annulé, assez grossièrement d’ailleurs, au dernier moment, sur demande  de votre cabinet, nous aurions pu échanger sur les liens qui doivent être tissés entre patrimoine et développement industriel, entre savoir-faire des soyeux parant les plus grands monuments historiques du monde et innovation technologique en matière textile et de communication.

A ce titre, le projet de création d’une Matériauthèque portée par UNITEX en lien avec le Musée prend tout son sens.

Ce lieu dédié, situé dans les locaux du Musée des Tissus, aurait pour vocation :
d’accueillir, orienter et former les différents publics sur les matières textiles (jeunes, étudiant(e)s, collaborateurs/trices d’entreprises et de boutiques, …
de proposer un site Internet multilingue permettant un accès à distance
de valoriser le fond du Musée des Tissus de Lyon, notamment auprès des créateurs et des stylistes qui y trouveront une source d’inspiration inépuisable,
de valoriser et promouvoir des textiles et matériaux produits par les entreprises textiles françaises,
permettre le dépôt en ligne de leurs nouvelles créations par les entreprises elles-mêmes en assurant une meilleure protection contre les copies
d’inciter les utilisateurs de textile à privilégier les matières textiles produites en France et faire découvrir aux non-utilisateurs de textile ce matériau susceptible de se substituer et/ou de compléter ceux qu’ils utilisent actuellement.

Une politique muséographique axée sur la mutualisation et la valorisation des cœurs de métiers qui illustrent nos savoir-faire et l’art de vivre à la française en lien avec les industriels (lingerie, tissus intelligents utilisés dans l’habillement, le sport, l’aéronautique…, décoration, arts de la table, numérique…)

Un pôle de formation renforcé, notamment grâce à la Matériauthèque, dans le domaine de la restauration et de l’analyse technique en lien avec les écoles

Un lieu de création en partenariat avec les grandes Maisons françaises et des artistes contemporains pour enrichir notre savoir-faire technique de la compétence « dessin » pour redevenir compétitifs dans un domaine à ce jour dominée notamment par les Italiens et les Britanniques.

Vous le voyez, les axes de développement économiques autour du musée sont aussi multiples qu’innovants. Et j’espère que la venue de Monsieur Macron la semaine dernière, accueilli à l’Hôtel de Ville en très grandes pompes aux frais du contribuable, vous a donné l’occasion d’évoquer toutes ses perspectives et de vous assurer de son soutien actif sur ce dossier. Sinon, à quoi serviraient les amis…

Par ailleurs, la diplomatie chinoise a annoncé vouloir articuler sa stratégie autour de la renaissance des Routes de la Soie. Lyon, historiquement la dernière halte de cette route mythique, est ainsi identifiée par la Chine comme “la ville où il faut investir en Europe”. Le Musée et les savoir-faire français en matière de soierie doivent constituer un élément fort de développement culturel, touristique et économique à destination de la Chine.
Il semble malheureusement que nos collections n’aient pas bénéficié des mêmes moyens de promotion que la Cité de la Gastronomie lors de votre voyage en Chine…

Nous avons aujourd’hui l’opportunité de faire de Lyon et du Musées des Tissus et des Arts décoratifs un lieu de témoignage, un espace de dialogue et d’échange entre mémoire et innovation qui continue de faire référence dans le monde.
A l’heure de la décentralisation, ancrer une telle référence en région est en soi un acte d’innovation et de reconnaissance du rôle et des savoir-faire des territoires. Ce serait un acte de décentralisation fort et légitime.

A ce jour, le devenir du Musée des Tissus et des Arts décoratifs repose d’abord sur la volonté de l’Etat à s’engager. En aucun cas il ne faut laisser croire que le privé pourra se substituer au public. Les partenaires privés seront évidemment nécessaire mais l’objectif, pour l’instant est bien de convaincre l’Etat.
Et compte-tenu des enjeux industriels, touristiques et économiques de ce dossier, le Ministère de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique a un rôle primordial à jouer, tant dans la défense du Musée des Tissus et des Arts Décoratifs auprès des plus hautes instances de l’Etat que dans un soutien au développement de projets innovants en lien avec le Musée et les industriels du textile. Nous avons la chance d’avoir, dans notre région, une filière textile extrêmement dynamique et innovante comme l’ont montré la 3e édition de Textival au Palais de la Bourse et le centenaire de Mode Habillement la semaine dernière. Il faut joindre l’utile à l’efficace !
Vous le voyez, Monsieur le Maire, ce rendez-vous que vous avez fait annuler, n’avait rien de politique. Il n’était qu’une tentative de sensibilisation de plus pour que l’Etat prenne enfin ses responsabilités dans ce dossier. L’idée était simplement de défendre une excellence culturelle au service d’une excellence industrielle. Monsieur le Maire, le Musée des Tissus et des Arts décoratifs n’est ni d droite, ni de gauche. Il mérite mieux que des querelles politiciennes. Il mérite un consensus général car tout doit être tenté pour le sauver. Par respect pour les donateurs, par respect pour la qualité exceptionnelle de nos collections, par respect pour les hommes et des femmes qui les ont fait vivre depuis plus de 150 ans et, enfin, aussi par respect pour le socle industriel historique de notre ville.

Je vous remercie.

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