Ces périmètres scolaires sont l’expression du système arbitraire de la carte scolaire qui ne fait qu’aggraver les inégalités

Conseil municipal, lundi 14 mars 2016

Intervention de Denis Broliquier

Comment s’opposer, en l’état, à ces périmètres scolaires puisque c’est la loi et parce qu’ils constituent à ce jour la variable d’ajustement du taux d’occupation des écoles. Pour autant, nous tenons à redire nos réticences sur deux points : Le premier concerne directement la Ville puisqu’il s’agit de sa capacité à anticiper les effectifs scolaires. Or, on le voit dans les quartiers en développement comme le 7e, dont on a beaucoup parlé lors de la présentation, parquer des classes dans des « algecos » pour pallier temporairement (même temporairement) le manque d’espace comme vous le faites n’est pas digne d’une grande collectivité comme la Ville de Lyon. Il est aujourd’hui indispensable de renforcer la démarche prospective de la Ville de Lyon pour mieux évaluer les besoins scolaires, car ce manque d’anticipation a des répercussions très concrètes sur les familles lyonnaises. Faute de place à l’école, on constate un recul de l’accueil des 2-3 ans à l’école, ce qui n’est pas sans incidence sur le nombre de places en crèches dont on connaît, là aussi, la situation tendue.  On ne peut que se réjouir de la croissance forte, comme on l’a précisé tout à l’heure, des effectifs scolaires de la Ville de Lyon. Je ne dis pas qu’il est facile de l’anticiper mais en tous les cas, il nous semble extrêmement important de chercher à ajuster au mieux la prévision avec la capacité d’accueil de la Ville en matière scolaire.

Notre deuxième réticence concerne davantage le principe même de ces périmètres et donc le fond. Il est bon, de temps en temps, de rappeler nos fondamentaux. Ces périmètres sont en effet l’expression du système arbitraire que constitue la carte scolaire dont tout le monde connaît l’objectif prioritaire affiché : soi-disant réduire les inégalités. Or, ce système produit exactement les effets inverses. On le constate depuis la création de la carte scolaire, décennies après décennies. Il ne fait qu’accroître les inégalités. L’école française est d’ailleurs reconnue par les études internationales de type PISA comme l’une des plus inégalitaires, malgré les moyens humains et financiers colossaux qu’elle engloutit.

Notre carte scolaire ne garantit en rien la mixité sociale. Elle ne fonctionne pas pour deux raisons : d’abord, parce qu’elle reproduit fidèlement les inégalités sociales entre les quartiers, elle les cristallise, elle les amplifie même. Ensuite, une partie de la population (notamment les enseignants eux-mêmes mais qui pourrait leur en vouloir…) parvient à contourner cette carte scolaire.

Dans ce contexte, les familles les moins bien dotées sont celles qui subissent le plus lourdement les travers de la carte scolaire. D’ailleurs, il est pour le moins cocasse de constater que les plus ardents défenseurs de cette carte scolaire sont bien souvent les premiers à soustraire leurs enfants à ces contraintes, en obtenant des dérogations ou en les inscrivant dans le privé. C’est dire toute l’efficacité de notre système public englué dans des dogmes ancestraux qu’il est urgent d’abandonner à notre avis.

L’expérience des pays sans carte scolaire démontre que les premiers à exercer leur liberté de choix d’école sont les familles les moins aisées. Cette liberté de choix est non seulement un droit fondamental mais elle est aussi la clé de la réussite. Si la réforme de l’école n’est évidemment pas du ressort de notre assemblée municipale, notre devoir d’élus est de provoquer le débat pour faire avancer les choses. C’est ce que nous essayons de faire, notamment avec cette intervention.

L’avenir de notre pays se construit à l’école et ce qui s’y passe aujourd’hui est grave. Abolition de la carte scolaire, autonomie des établissements, remise à plat des rythmes scolaires au profit réel des enfants, révision de la formation initiale et continue des enseignants, réforme de leurs statuts et de leur mode d’affectation pour permettre d’orienter les professeurs les plus motivés, les plus rodés et les plus efficaces vers les établissements difficiles… les chantiers de Mme la Ministre de l’Education nationale ne manquent pas. Mais elle semble malheureusement consacrer plus d’énergie à dispenser des idéologies ravageuses et à garantir son avenir électoral qu’à réformer en profondeur une école française en constante dégradation, malgré, encore une fois, des budgets colossaux qu’elle engloutit chaque année. Cette réforme de l’école est une nécessité absolue et urgente pour donner toutes leurs chances à notre jeunesse et à notre pays. C’est donc, vous l’aurez compris, à contre cœur que nous voterons ce dossier.

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